09 Oct

Pourquoi acheter de l’or ?

Après avoir connu des années fastes entre 2008 et 2013, la baisse des cours de l’or a montré la perte d’intérêt des investisseurs dans le précieux métal jaune. Et pourtant on observe une tendance haussière depuis le début de l’année. Alors, faut-il continuer à acheter ou vendre son or ? Pour répondre à cette question, il convient de se pencher sur les facteurs qui déterminent sa cotation. Les voici, avec en supplément les événements qui pourraient bien influencer le cours de l’once.

Le métal jaune reste une valeur refuge

Le métal jaune a la vie dure dans le cœur des épargnants de tous les pays. Tout d’abord il est synonyme de richesse, et dans beaucoup de contrées on se complaît à étaler sa réussite en se parant de bijoux scintillants. Si ces pratiques sont de moins en moins courantes dans notre bonne vieille Europe de l’Ouest, les pays émergeant sont toujours friands d’or. On achète un collier un jour, et lorsque l’on se trouve en difficulté financière on le revend dans une bijouterie spécialisée. On pourra toujours dire aux voisins que l’on en a fait don à des membres de la famille.

Il n’y ait pas vraiment besoin d’être chanceux pour retomber sur ses pieds lorsque l’on revend un bijou en or. Car le précieux métal jaune est une valeur refuge. Certes il est toujours possible de tirer des bénéfices de l’achat et de la revente, mais la particularité des évolutions du cours est de suivre l’inflation sur le long terme.

En 1980, l’once valait 850 $. En août 2011, soit 30 ans plus tard, le record fut franchi avec environ 1900 $. Une simple simulation à l’aide d’une calculette démontrera qu’il ne s’agit ni plus ni moins que de l’évolution du coût de la vie sur la même période. Il reste donc l’investissement vers lequel on se tourne lorsque l’on veut éviter une perte de capital. Et justement, certains événements peuvent laisser présager une baisse de rendement de certains placements, voire une déflation.

Il est possible de résumer les tendances avec cette simple formule : quand les taux d’intérêt augmentent, il y a baisse des cours de l’or, et vice versa.

Les décisions des banques centrales

La Banque Centrale Européenne (BCE) et la réserve fédérale américaine (FED) comptent parmi les principaux organismes capables d’influencer le cours. Lorsque la FED a annoncé en 2013 vouloir diminuer ses achats d’obligations, l’once a chuté de 100 $. Car cette annonce signifiait que la banque centrale américaine allait progressivement diminuer son soutien à l’économie, et par conséquent permettre une remontée des taux d’intérêt. Qui dit remontée des taux d’intérêt dit également hausse des taux de rendement. Les investisseurs se sont donc détachés des lingots, pour chercher des solutions plus rentables.

Attention toutefois à ne pas généraliser les réactions du cours de l’or. Car les variations sont beaucoup plus subtiles, et plus directement liés à la réaction du public. Si l’on compare l’ampleur du marché des investisseurs potentiels, on réalise que la conséquence d’une déclaration de la réserve fédérale américaine ou de la Banque Centrale Européenne peut avoir lieu en moins d’une heure.

Les événements géopolitiques

Les événements géopolitiques jouent un grand rôle dans les tendances. Les prévisions précédant la crise en Ukraine ne s’y sont pas trompées, car les incertitudes dans cette partie du globe ont poussé les investisseurs locaux à se retrancher sur le précieux métal jaune. Lorsque la Russie a annexé la Crimée, le monde entier s’est mis à trembler face à cette guerre européenne qui se dessinait.

Beaucoup d’analystes s’accordent à dire que les tensions en Ukraine ont débouché sur la remontée du cours observée depuis le début de l’année. Depuis le début des événements, l’once a gagné +10 %, malgré l’annonce de la FED de la réduction de son programme d’achat d’obligations. On observe donc que les investisseurs ont craint que les événements en Ukraine puissent être plus importants que les mécanismes économiques classiques. La peur d’une guerre a fait que beaucoup d’investisseurs ont pris des positions de repli.

Pour matérialiser cette théorie, regardons ce qui s’est passé après la réunion du conseil de sécurité des Nations Unies, sur la crise ukrainienne. Le prix de l’or livrable immédiatement a augmenté de +0,3 %, impliquant par effet systémique une hausse de +1,3 % de l’once sur le marché de Singapour.

À quoi sert l’or ?

Né du sous-sol sous forme de pépites, de poudre ou de paillettes, en plus d’être agréable à l’œil le métal jaune a la particularité d’être un très bon conducteur, peut corrosif et sans danger pour la santé. On l’utilise donc dans l’électronique, en soins dentaires, et il trouve son utilité dans un grand nombre d’applications industrielles. Mais cela ne représente qu’une faible partie de son usage. Car le lingot est avant tout destiné à une seule chose : dormir dans le coffre des banques centrales qui en cumulent ainsi plus de 27 000 t. Les banques centrales européennes (détenant 40 % des réserves) et la FED américaine (30 % des réserves) accumulent ce trésor afin de limiter la spéculation.

En conservant des lingots dans ses coffres, les banques centrales limitent le trading sur les marchés, et peuvent ainsi mieux contrôler les liquidités et les variations des taux d’intérêt.

Le marché de l’or

On estime que les stocks de métal jaune accumulés, autant chez les particuliers que chez les organismes financiers, correspondent à 50 fois la production annuelle mondiale. Le cours mondial est fixé en dollars par une unité de mesure appelée once Troy. Il est coté à la bourse de Londres sous sa forme physique, et à la bourse de New York sous forme de contrats à terme. Il existe également un marché actif entre des entreprises et des particuliers, ainsi qu’entre des fournisseurs et des transformateurs comme des bijoutiers. Les plus grandes réserves minières se trouveraient en Australie, en Afrique du Sud et en Russie. Le premier producteur mondial est la Chine, devant l’Australie, les États-Unis et l’Afrique du Sud.

Ces événements qui influeront le cours de l’or

Risque de confiscation des dépôts bancaires

La confiscation des dépôts bancaires est une hérésie à laquelle personne n’avait jamais osé penser. Ou tout du moins avant la crise de Chypre. Car la partie indépendante de Chypre possède un système bancaire bien plus gros que sa taille. Ce système s’est nourri d’une fiscalité attrayante, mais surtout de son entrée au sein de l’Union Européenne en 2004, et de son arrivée dans la zone euro en 2008. Beaucoup d’investisseurs se sont rués sur ce coffre-fort, qui à l’inverse des coffres-forts ouest européens, avait la particularité de proposer un bon rendement peu taxé.

l'or va-t-il monter

Comme dans tous les paradis fiscaux naissants, les investissements se sont mis à fleurir, profitant de la manne des pays émergeant et de l’afflux massif de capitaux étrangers. Lorsque lesdits investissements ont cédé face à la crise des subprimes, des sommes colossales se sont envolées, désintégrées dans les profonds méandres de la finance mondiale. Tout d’un coup, les caisses se sont vidées.

L’Europe et le FMI ont accouru au chevet du malade, mais après l’expérience de la Grèce et de l’Irlande, les citoyens européens n’avaient plus envie de mettre la main à la poche pour renflouer celles des investisseurs russes. Il a donc bien fallu trouver une solution pour garantir les prêts des sauveteurs. Cette solution fut toute sans détour : la confiscation des dépôts bancaires. Les sommes présentes sur les comptes bancaires des particuliers furent ainsi taxées à 10 %, au-delà d’un certain plafond.

Et à bien y réfléchir, il ne s’agit pas d’une méthode si inhumaine que cela. En 2008 et 2009, les USA et le Royaume-Uni ont fait fonctionner leurs planches à billets afin d’alimenter leurs banques en argent frais. La conséquence en a été une baisse du cours de la monnaie face aux autres devises. Par exemple, le dollar américain a perdu 10 %. Cela signifie qu’un américain qui disposait auparavant de 1000 $ sur son compte bancaire pour voyager à l’étranger, n’en avait plus que 900 $.

Une méthode pas très différente de celle de la confiscation des dépôts, et qui a l’avantage de ne pas créer d’inflation. Eh bien justement, la confiscation des dépôts pourrait voir le jour dans certains pays surendettés. Admettons, pour ne citer qu’elle, que la France soit obligée de créer de la monnaie pour payer ses dettes. Elle ne pourra pas demander à la BCE de créer des billets de banque rien que pour elle. Les dirigeants choisiront-ils la confiscation d’une partie des dépôts ?

Ce qui est sûr, c’est que si cette situation se dessinait à l’horizon, les particuliers se tourneraient vers l’or, faisant ainsi monter son prix.

Le retour de la crise en Grèce

Il semble que le ramdam médiatique et politique effectué autour de la crise grecque n’ait débouché sur aucune solution viable. Le contribuable européen apprend avec joie que la situation s’améliore dans la péninsule hellénique. Et pourtant cela dépend de quel point de vue on se place. Si l’on y regarde de près, on voit que le déficit budgétaire de la Grèce était de 8,9 % du PIB en 2012, et qu’il a atteint 12, 7 % en 2013. Et la dette publique dans tout cela ? Elle est passée de 157,2 % du PIB en 2012, à 175,1 % en 2013. Et pourtant on nous dit que le pays vit un excédent budgétaire. C’est vrai, sauf que ce calcul ne prend pas en compte les intérêts de la dette. Car si l’on ne prend pas en compte le montant des intérêts de la dette, le pays n’est plus en déficit mais en excédent, c’est-à-dire en croissance de +0,8 %.

En regardant cette économie de plus près, on se rend compte que l’argent européen ne sert pas à investir dans l’activité économique de la péninsule. Il sert massivement à aider les banques à acheter des bons du trésor. Ça tombe bien, les bons du trésor servent justement à payer la dette. En clair, les efforts économiques des gentils partenaires européens ne servent qu’à alimenter un système économique que l’on pourrait assimiler au chien qui se mord la queue.

Heureusement qu’il reste encore des investisseurs compréhensifs pour acheter de la dette grecque à bas prix. Ce sont des Hedge Funds, qui ne sont pas particulièrement connus pour leur aptitude à effacer une ardoise. Si jamais la situation grecque s’empire, sa chute entraînerait avec elle une grande partie de l’économie. Surveillez bien les évolutions de la situation économique en Grèce, car sa dégradation fera très certainement remonter les cours de l’or en 2015.

Le pouvoir des investisseurs chinois

Le marché de la joaillerie en Chine a triplé depuis 2004. Les Chinois sont ainsi devenus des plus grands consommateurs et producteurs de bijoux en or, devant l’Inde les citoyens des pays émergeants n’ont qu’une confiance relative dans leurs institutions. Ils préfèrent le matériel à l’immatériel, et ont tendance à acheter des terres et de l’or plutôt que des produits financiers. Toute cette classe moyenne aura besoin du précieux métal jaune, quel en sera l’influence sur le cours de l’once ?

N’oublions pas non-plus son utilité dans la production industrielle, et plus particulièrement dans l’électronique. Cette demande est bien entendue tirée vers le haut par la croissance mondiale, mais si la reprise pointe le bout de son nez, la demande va-t-elle augmenter ? Si oui, cela devrait valoir la peine d’acheter de l’or.

L’arrivée des Japonais sur le marché

Face aux incertitudes économiques du pays du soleil levant, les consommateurs japonais se remettent à acheter. Un observatoire économique local montre que pour la première fois depuis des années, le marché est repassé en territoire positif. Avant 2013, le Japon affichait une balance négative dans ses échanges de métal jaune. Avec une population de plus de 127 millions d’habitants, si les Japonais se mettent eux aussi à acheter de l’or, nul doute que ce regain d’intérêt influera sur les cours.

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